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MiCA : Aave attaque BCE et EBA sur l'extension de l'interdiction du rendement des stablecoins

Stani Kulechov conteste publiquement les réponses BCE et EBA à la révision MiCA sur l'extension de l'article 50 aux activités de prêt, emprunt et staking.

par 5 min de lecture

Stani Kulechov, fondateur d'Aave, a attaqué publiquement sur X le 2 octobre les contributions de la Banque centrale européenne (BCE) et de l'Autorité bancaire européenne (EBA) à la consultation de révision de MiCA, dont le dépôt des réponses s'est clos le 30 septembre. L'enjeu : l'extension de l'interdiction aujourd'hui portée par l'article 50 — qui vise les émetteurs de jetons de monnaie électronique — aux activités de prêt, d'emprunt et de staking, y compris lorsque aucun prestataire européen agréé n'intervient.

Ce qui est en jeu

L'article 50 de MiCA, dans sa rédaction entrée en vigueur, dit : « Les émetteurs de jetons de monnaie électronique n'octroient pas d'intérêt lié à ces jetons. » L'interdiction s'applique à l'émetteur du stablecoin, pas aux protocoles tiers qui empruntent, prêtent ou stakent les actifs sur un marché ouvert.

Les contributions BCE et EBA à la consultation de révision proposent, selon la lecture d'Aave rapportée sur X, d'étendre cette interdiction aux activités de prêt, d'emprunt et de staking de stablecoins — et de restreindre la capacité des prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) à donner accès aux protocoles DeFi, même non-custodiens. L'effet pratique recherché : fermer les détours par lesquels un détenteur de stablecoin peut percevoir, par la DeFi, un rendement que l'émetteur ne peut pas lui verser directement.

Ce qu'en dit Aave

Kulechov, sur X : « Déçu par les réponses de la Banque centrale européenne (BCE) et de l'Autorité bancaire européenne (EBA) à la consultation MiCA. »

Son argumentaire tient en trois points :

  1. Aave n'est pas un émetteur. Le protocole ne verse pas d'intérêt sur un jeton qu'il émet ; les intérêts sont payés entre pairs, par les emprunteurs aux prêteurs, via un contrat non-custodien et un code open-source. L'article 50 vise l'émetteur, pas l'écosystème qui utilise le jeton.
  2. Fermer les CASP européens n'empêche pas l'accès. Si le règlement interdit à un prestataire licencié en Europe de donner accès à Aave, la demande se redirige vers les interfaces non-réglementées hors UE. Résultat net : perte de contrôle réglementaire pour l'Europe, mais pas d'extinction de l'activité.
  3. Risque de « marchés fermés ». Laisser à l'autorité la main sur la liste des protocoles accessibles, écrit Kulechov, revient à « créer des marchés fermés, au détriment de la liquidité et des effets de réseau de la finance décentralisée ».

Calendrier et procédure

  • Consultation MiCA ouverte : 20 mai 2026
  • Clôture des réponses : 30 septembre 2026
  • Portée : révision de niveau 1 de MiCA, c'est-à-dire modification du règlement lui-même, et non ajustement d'actes de niveau 2

Une recommandation BCE ou EBA, prise isolément, ne modifie pas MiCA. Toute évolution du texte doit passer par un vote du Parlement européen et du Conseil. Les positions BCE et EBA pèsent politiquement et techniquement, mais elles ne sont pas auto-exécutoires. C'est aussi pour cela que les réponses de l'industrie — Aave, Circle, Hyperliquid, Morpho — publient leurs positions maintenant, avant la phase de rédaction d'un éventuel projet.

Impact

Pour les lecteurs qui opèrent dans l'UE :

  • Les CASP agréés (Coinhouse, Bitpanda, Binance France, etc.) seraient directement visés par la version large de l'interdiction. Un portail qui aujourd'hui route vers un marché Aave en front-end devrait soit couper l'accès, soit s'exposer à l'ouverture d'un dossier de sanction.
  • Les protocoles non-custodiens eux-mêmes ne sont pas directement adressables — Aave Companies est basée hors UE — mais l'interdiction visant les CASP crée un effet de bord qui réduit mécaniquement l'empreinte utilisateur européenne.
  • Les émetteurs de stablecoin européens agréés — Circle Europe, Société Générale-FORGE pour EURCV, l'anglophone EURI de Banking Circle, et plus récemment les émetteurs sous licence EMI — n'ont jamais versé d'intérêt sous l'article 50. L'extension ne change rien pour eux ; elle change la manière dont leurs jetons peuvent être utilisés en aval.

À surveiller

  1. Les réponses publiques des autres grands acteurs DeFi (Compound, Morpho, Spark) à la position BCE/EBA.
  2. La position de l'ESMA, dont la contribution à la révision MiCA couvre le périmètre DeFi/staking et avait déjà alerté sur l'ambiguïté entre protocole et prestataire.
  3. Un projet de texte formel de la Commission européenne, qui est le prochain acte dans la procédure.
  4. Toute communication de la BCE ou de l'EBA précisant si « rendement » couvre les intérêts versés par un emprunteur à un prêteur, ou seulement les intérêts versés par l'émetteur.

Contexte

C'est la quatrième prise de parole publique d'un acteur crypto majeur sur la révision MiCA couverte sur ce site depuis la clôture de la consultation : Hyperliquid sur l'inclusion des perps dans MiFID II, Morpho sur l'encadrement de la DeFi par l'ESMA, Binance sur l'article 61 et le reverse solicitation. Aave rejoint le mouvement sur un angle distinct — le rendement et l'article 50 — qui touche la totalité de l'écosystème lending DeFi, pas seulement les plateformes centralisées.

Sources

  • Journal du Coin, « Crypto : Aave attaque la BCE sur l'interdiction du rendement des stablecoins » (2 octobre 2026).
  • Cryptoast, « MiCA : Circle, Hyperliquid et Aave contestent plusieurs mesures » (2 octobre 2026).
  • Règlement (UE) 2023/1114 (MiCA), article 50.

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