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BCE : Isabel Schnabel présente trois modèles pour amener la monnaie centrale on-chain
La membre du directoire BCE pose à Londres trois architectures DLT pour la monnaie de banque centrale de gros ; Pontes est opérationnel depuis le 21 septembre, Appia en étude.
Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a présenté le 1er octobre à Londres trois modèles pour faire circuler les réserves bancaires sur des infrastructures de registre distribué (DLT), Cryptoast rapporte. L'objectif n'est pas une CBDC de détail — ce dossier reste dans son propre calendrier — mais le règlement en monnaie de banque centrale sur les marchés tokenisés, c'est-à-dire la monnaie de gros.
Les trois modèles proposés
- Tokenisation directe. La BCE émettrait des réserves tokenisées sur un registre programmable, et les banques commerciales détiendraient directement cette monnaie de banque centrale sur l'infrastructure DLT. C'est le modèle le plus intégré, et le plus exigeant en termes de refonte des systèmes de l'Eurosystème.
- Modèle « pont ». Les réserves restent dans les systèmes actuels de l'Eurosystème (TARGET), mais une passerelle (gateway) synchronise paiement et livraison d'actifs avec les plateformes DLT. La monnaie de banque centrale reste hors chaîne ; seul le mécanisme de règlement est inter-opéré.
- Intermédiaire privé. Un intermédiaire privé dépose ses réserves à la BCE et émet des jetons adossés à 100 % à ces fonds. Les détenteurs de jetons ont une créance sur l'intermédiaire, non directement sur la BCE. C'est le schéma le plus proche d'un stablecoin de monnaie banque centrale avec sponsor.
Ce qui tourne déjà
- Pontes, lancé le 21 septembre, règle les transactions sur actifs tokenisés en monnaie de banque centrale en reliant des plateformes DLT aux services TARGET. C'est le premier bloc opérationnel de la stratégie exposée par Schnabel.
- Appia est une étude de faisabilité portant sur l'interopérabilité, la politique monétaire, la gestion des collatéraux et les transactions transfrontalières.
- La BCE prévoit de publier une feuille de route plus large de son écosystème DLT en 2028.
Pourquoi cela compte
Le modèle choisi conditionne la place qu'auront les banques privées, les émetteurs de stablecoins européens (Circle Europe, Société Générale-FORGE, Banking Circle avec EURI) et les acteurs DeFi dans la plomberie des marchés tokenisés européens.
- Tokenisation directe réduirait fortement le rôle intermédiaire : les banques commerciales accèderaient directement à la monnaie de banque centrale sur un registre programmable, et la fonction d'émission de stablecoin perdrait son avantage structurel.
- Modèle pont laisse l'écosystème actuel intact et confie l'innovation aux plateformes DLT privées, qui se connectent à TARGET via un gateway standardisé — l'option la plus conservatrice.
- Intermédiaire privé institutionnalise de fait le modèle stablecoin adossé 100 % à des réserves BCE, avec un sponsor privé supervisé. C'est le schéma qui ressemble le plus à ce que proposent déjà les émetteurs sous MiCA.
Schnabel n'a pas tranché publiquement entre les trois ; les trois sont présentés comme des « modèles » et non comme des recommandations.
À surveiller
- La publication par la BCE du texte intégral du discours de Schnabel et de toute note technique associée — Cryptoast cite la présentation du 1er octobre à Londres sans URL vers un support primaire BCE.
- Les retours de la Fédération bancaire européenne et de l'Association française des marchés financiers (AMAFI) sur les trois modèles.
- L'extension du périmètre de Pontes à de nouvelles plateformes DLT et à de nouvelles classes d'actifs tokenisés — à ce jour, le pilote couvre un échantillon étroit.
- L'articulation avec le projet d'euro numérique de détail : les deux dossiers restent séparés mais partagent une partie de l'infrastructure technique.
Contexte
La BCE formalise ici une position publique sur la monnaie de banque centrale de gros à un moment où plusieurs juridictions avancent leurs propres pilotes : le projet mBridge pour les paiements transfrontaliers CBDC (BRI), les expérimentations de la Banque d'Angleterre sur une plateforme RTGS synchronisée avec DLT, et les tests Fnality en livre et euro. La singularité européenne est le choix de superposer la DLT à TARGET plutôt que de la remplacer, et l'orientation vers une infrastructure programmable sans engager une CBDC de détail à court terme.