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Corée du Sud — un transfert crypto déclenchera une déclaration mensuelle dès le 3 décembre

Projet de décret du ministère des Finances : les plateformes devront déclarer les soldes et transferts de ~1,27 M d'utilisateurs ayant transféré à l'étranger depuis juillet 2024.

par 4 min de lecture

Le ministère des Finances sud-coréen a publié le 7 octobre 2026 un projet de décret d'application de la loi sur les transactions de change (Foreign Exchange Transactions Act) qui, s'il entre en vigueur comme prévu le 3 décembre 2026, imposera aux plateformes crypto coréennes de transmettre à la Banque de Corée une déclaration mensuelle des soldes et transferts de tout utilisateur ayant effectué au moins un transfert international depuis le 19 juillet 2024. L'autorité estime la population concernée à 1 272 878 personnes sur les cinq principales plateformes nationales, à fin septembre 2026. Les détails sont rapportés par Cryptoast, avec un contexte de régime complémentaire confirmé par le ministère de l'Économie et des Finances (MOEF) relayé par Bloomingbit.

Ce que le décret impose

Les obligations pèsent sur les plateformes agréées, pas directement sur les particuliers. Elles couvrent :

  • Déclaration mensuelle des soldes détenus sur les plateformes coréennes, avec l'identité du titulaire. Les comptes inactifs, les cryptomonnaies retirées de la cotation et les actifs mis en staking sont inclus, même en l'absence de nouvelle transaction.
  • Déclaration quotidienne des transferts entrants et sortants vers une adresse hors-plateforme ou vers un prestataire étranger, transmise le lendemain avant 11 h, avec les données d'expéditeur et de destinataire.
  • Le numéro national d'identification des résidents figurerait dans les documents, selon les projets consultés par la presse coréenne (Digital Times, Seoul Shinmun).

Le déclencheur de la mise sous surveillance d'un utilisateur est unique : un seul transfert international réalisé depuis le 19 juillet 2024, y compris via un wallet personnel. Le flag reste actif ensuite tant que l'utilisateur ne quitte pas la plateforme.

Les chiffres

- Entrée en vigueur prévue   : 2026-12-03
- Fenêtre de rétroactivité   : depuis 2024-07-19
- Utilisateurs concernés     : 1 272 878 (~1,27 M)
- Plateformes concernées     : 5 (principales nationales, non nommées
                                dans l'article)
- Projet de décret publié    : 2026-10-07 (ministère des Finances)
- Manuel BoK → DAXA          : 2026-10-02

Le projet s'ajoute à un dispositif KFIU plus ancien, qui depuis le 20 août 2026 oblige déjà les plateformes à signaler les transferts d'au moins 10 millions de wons (~7 100 €) vers une plateforme ou un wallet étranger.

Les motifs — et l'opposition

Le gouvernement présente le décret comme un dispositif anti-contournement :

  • lutte contre les transferts illégaux de capitaux ;
  • lutte contre le blanchiment ;
  • fermeture des boucles stablecoin qui contournent les contrôles de change coréens.

Le dernier point est le plus important sur le plan structurel. La Corée du Sud entretient depuis 2017 un contrôle de change strict sur les flux fiat vers l'étranger (plafonds déclaratifs, autorisations préalables), que les stablecoins USD contournent de fait. L'extension de la Foreign Exchange Transactions Act au périmètre crypto a été promulguée le 2 juin 2026 ; le décret du 7 octobre en est la mise en application opérationnelle.

Dans la coalition parlementaire, le député Park Soo-young (Parti du pouvoir au peuple) parle d'une « collecte excessive de données personnelles ». L'association professionnelle DAXA a reçu de la Banque de Corée un manuel d'implémentation daté du 2 octobre — signe que la discussion technique avec les exchanges locaux était déjà engagée avant la publication du projet.

Ce qu'il faut surveiller

  1. La forme définitive du décret. Le texte publié le 7 octobre est un projet. L'identité des cinq plateformes couvertes, la portée du retroactif au-delà de juillet 2024, et le format exact des fichiers de reporting restent à préciser avant le 3 décembre.
  2. Le passage devant la Commission de protection des données. Les critiques de Park Soo-young portent spécifiquement sur l'inclusion du numéro national d'identification. Un amendement sur ce point est le point d'inflexion politique.
  3. Les flux stablecoins coréens. Si le dispositif est appliqué, l'activité des stablecoins USD sur Upbit, Bithumb et les trois autres venues coréennes devrait montrer une rupture statistique visible on-chain à partir de décembre. C'est l'un des rares cas où un règlement national produit un signal mesurable sur une adresse de pont.
  4. La position des régulateurs voisins. Le Japon et Singapour suivent le dossier de près — Singapour pour la position de la MAS sur les flux stablecoins hors sandbox (voir notre post sur BLOOM), le Japon pour sa propre réforme en cours.

Contexte

Le dispositif prolonge une politique coréenne constante : encadrer la crypto non pas comme un marché distinct mais comme un canal devant respecter le droit de change existant. La Corée du Sud est l'un des rares États où un régime de type FEMA (Inde) a été, en pratique, étendu aux actifs numériques. Pour comparaison, l'affaire récente des 27 plateformes bloquées par la FIU relevait, elle, du périmètre AML. L'actuel dossier relève du contrôle de change — autre loi, autre régulateur chef de file (la Banque de Corée au lieu de la FIU), autre levier.

Sources :

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