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RealT enclenche sa liquidation, 14 000 investisseurs français exposés

RealT annonce le 2 juillet la liquidation judiciaire de son portefeuille immobilier tokenisé. 14 000 investisseurs français exposés selon Delomel ; 700 propriétés sous administrateur judiciaire.

par 6 min de lecture

RealT, plateforme d'immobilier tokenisé créée en 2019 par les frères Rémy et Jean-Marc Jacobson, a annoncé le 2 juillet 2026, lors d'un community call diffusé sur YouTube, l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire de l'intégralité de son portefeuille. Jean-Marc Jacobson y a confirmé la mise en vente asset par asset. Environ 14 000 investisseurs français sont concernés selon le cabinet Delomel, qui coordonne l'action collective en France ; les paiements hebdomadaires de loyers, historiquement présentés comme supérieurs à 10 % annualisés, sont suspendus depuis plusieurs mois. La couverture francophone a été portée par Cointribune et Cryptoast ; la plainte américaine initiale de la ville de Détroit reste consultable sur le communiqué officiel de Detroit.

Ce qui a été annoncé

Le 2 juillet, sur YouTube, Jean-Marc Jacobson ouvre la procédure de liquidation. Sa formulation, reprise par Cointribune : « nous avons initié une procédure de liquidation judiciaire. Nous vendrons chaque actif ». Trois éléments structurent l'annonce :

  1. Priorité aux propriétés de Détroit. Le portefeuille RealT est concentré à Détroit, à hauteur d'environ 83 % selon Jacobson. Ce sont ces LLC détenant l'immobilier de la ville qui seront cédées en premier.
  2. Un administrateur judiciaire déjà en place. Un accord d'avril 2026 a conduit à la désignation d'un administrateur judiciaire indépendant gérant environ 700 propriétés. Ses prérogatives sont larges : financer les rénovations, vendre les actifs, ordonner des démolitions.
  3. Un solde de séquestre insuffisant. Le compte séquestre associé à cette administration ne détient qu'environ 640 000 $ — un montant sans rapport avec les besoins identifiés, alors même que les premiers frais d'intervention ont déjà dépassé 178 000 $ sur les deux premiers mois.

Côté France, une plainte pénale a été déposée au parquet de la section financière du tribunal judiciaire de Paris contre les deux dirigeants, qui vivraient entre la France et le Panama. L'action collective coordonnée par le cabinet Delomel regroupe désormais plus d'une centaine d'investisseurs déclarés, sur un ensemble de 14 000 estimés.

Mécanique — pourquoi la structure LLC-plus-ERC20 concentre le risque juridique

Le modèle RealT est resté inchangé de 2019 à 2026. Il repose sur trois couches :

  • Une LLC américaine par bien. Chaque immeuble détroitois est logé dans une société de droit américain. Les investisseurs achètent des parts fractionnées de cette LLC, matérialisées on-chain.
  • Un token ERC-20 par LLC, émis sur Ethereum puis Gnosis. Le token représente les parts de la LLC — pas un dérivé, pas une note synthétique. Les loyers versés en USDC sont distribués hebdomadairement au prorata de la détention du token.
  • Un ticket d'entrée volontairement bas. Le prix d'une part s'établit typiquement entre 50 et 100 $. C'est ce qui a permis à RealT d'agréger 14 000 porteurs français, une base retail qui n'existait pas dans l'immobilier fractionné classique.

Le point de fragilité juridique est là : la couche on-chain (le token) n'a pas d'effet direct sur les droits réels de la LLC — elle en reflète la propriété. Quand les LLC sont attaquées en justice à Détroit pour violations du code immobilier et arriérés de taxes, ou quand un administrateur judiciaire prend la main sur 700 sociétés, la couche on-chain est spectatrice. Le token continue d'exister, mais la LLC qu'il représente est encadrée par un tiers dont les priorités (paiement des créanciers, remise aux normes, ventes) passent avant les distributions aux porteurs.

Chiffres

- Annonce de la liquidation       : 2026-07-02 (community call YouTube)
- Investisseurs français estimés  : ~14 000 (source: cabinet Delomel)
- Clients monde                   : ~22 000 (source: cabinet Delomel)
- Propriétés sous administrateur  : ~700 (accord avril 2026)
- Poursuite Détroit — propriétés  : ~408 (procédure ouverte juillet 2025)
- Concentration Detroit           : ~83 % du portefeuille (Jacobson)
- Séquestre administrateur        : ~640 000 $
- Frais des 2 premiers mois       : ~178 000 $
- Ticket d'entrée historique      : 50 à 100 $ par part
- Rendement affiché               : > 10 % annualisé (loyers en USDC)
- Distribution suspendue          : depuis plusieurs mois
- Émission on-chain               : ERC-20 sur Ethereum, puis Gnosis
- Dirigeants                      : Rémy et Jean-Marc Jacobson
- Plainte pénale France           : parquet section financière, TJ Paris
- Action collective France        : cabinet Arnaud Delomel (Rennes)
- Source primaire                 : community call YouTube RealT du 2 juillet
- Sources                         : Cointribune, Cryptoast, Rotek, Delomel

Ce qu'il faut surveiller

  1. Le calendrier de vente Detroit. L'administrateur judiciaire a discrétion sur la séquence des cessions. La question opérationnelle : la vente au marché groupé (un investisseur institutionnel unique) versus la vente au coup par coup (retail immobilier local). La première maximise le rendement de la procédure ; la seconde étale le calendrier.
  2. L'assignation civile en France. La classe menée par Delomel est déjà constituée ; l'assignation formelle des dirigeants — dossier de l'action collective — devrait suivre la formalisation de l'ouverture de la liquidation.
  3. Le sort des tokens sur Ethereum et Gnosis. Aucune décision n'a été communiquée sur le devenir des contrats ERC-20 émis à chaque LLC. Le token peut continuer d'exister on-chain sans détenir de sous-jacent — le trace historique restera consultable, mais la valeur économique s'éteint avec la LLC sous-jacente.
  4. Les répercussions réglementaires. L'AMF n'a pas commenté à ce stade. RealT n'était pas agréée en France en tant que PSAN ni PSCA, mais elle démarchait des résidents français ; la question de la commercialisation transfrontalière d'un produit d'investissement non enregistré remontera devant les autorités.

Contexte — le premier échec majeur d'un tokenizer immobilier grand public

RealT n'est pas le premier acteur de la tokenisation immobilière à rencontrer des difficultés — Propy, Vairt et d'autres protocoles plus modestes avaient déjà déçu leurs investisseurs. Mais RealT était le premier à atteindre une audience de masse en France : la base retail francophone est structurellement l'une des plus exposées aux nouvelles primitives on-chain. La liquidation intervient à quelques jours de la fin de la période transitoire MiCA au 1er juillet 2026, qui impose désormais un agrément CASP à toute commercialisation crypto en France (voir notre post sur le calendrier MiCA). Le dossier RealT devient de facto le cas d'école cité par les régulateurs pour justifier la sévérité du régime : un token adossé à un actif du monde réel, distribué à des retail français, sans agrément local, avec une couche juridique fragile côté LLC américaines.

Cette faillite intervient également au moment où Securitize vient de coter son propre titre au NYSE et de le tokeniser dès la première séance (voir notre couverture Securitize NYSE). Le contraste est net : d'un côté, une infrastructure régulée qui tokenise une action ordinaire sous transfer agent SEC ; de l'autre, un émetteur qui a distribué des parts fractionnées de LLC à 14 000 particuliers via des tokens ERC-20 sans filet compliance côté français. La tokenisation d'actifs réels n'est pas le problème — l'absence d'architecture juridique adaptée l'est.

Sources :

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