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Crypto-rapts : 135 faits, 88 mis en examen, cinq jugements marquants côté français

Le bilan judiciaire de la vague de crypto-rapts en France : cinq jugements marquants rendus en 2026, un seul commanditaire condamné — à Tanger, pas à Paris.

par 5 min de lecture

Trois ans après le premier dossier, la vague de crypto-rapts en France a produit 135 faits recensés, 88 personnes mises en examen réparties sur 12 affaires actives et cinq jugements au fond côté français, selon les chiffres communiqués par le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) et détaillés par Journal du Coin. Un sixième jugement, celui du commanditaire présumé de la vague, a été rendu — à Tanger, pas en France.

Les chiffres Pnaco

Communiqués par Vanessa Perrée, procureure du Pnaco, le 24 avril 2026, sur la fenêtre 2023 – avril 2026 :

  • 135 faits de rapt à motivation crypto ou liée aux crypto-actifs.
  • 88 personnes mises en examen.
  • 75 détentions provisoires en cours.
  • 12 affaires classées actives au Pnaco, dont plus de dix impliquant des mineurs.

Perrée décrit les auteurs comme des « réseaux structurés ». Dans l'ensemble des dossiers, la gendarmerie situe les commanditaires « généralement basés à l'étranger » — ce que les cinq procès français n'ont pas démenti.

Les cinq jugements marquants

Journal du Coin a reconstitué cinq jugements emblématiques (hors huis-clos pour mineurs) :

  • Janvier 2026, cour d'assises d'appel du Jura — meurtre de Simon Arthuis (2021, 19 ans). Son jumeau est condamné à 5 ans, peine confirmée en appel.
  • 23 février 2026, Amiens — famille séquestrée à Revelles (Somme). Deux hommes âgés de 19 et 24 ans : 9 ans pour le principal, 5 ans pour le second. La défense parle d'un « envoi au casse-pipe de deux gamins ».
  • 1er avril 2026, tribunal correctionnel de Paris — tentative de vol contre un couple d'investisseurs dans le 16ᵉ. Trois hommes : 2 ans, 18 mois et 10 mois, fermes. Le parquet pointe un « grand amateurisme ».
  • 29 mai 2026, Limoges — attaque au pistolet à Saint-Paul (Haute-Vienne). Un homme de 22 ans condamné à 10 ans ferme. Un mineur complice avait pris 27 mois en avril.
  • 29 juillet 2026, Amiens — attaque d'une femme à Ételfay (Somme). Un éducateur spécialisé de 26 ans, rémunéré 5 000 €. Peine non détaillée dans l'article.

Hors huis-clos de mineurs, c'est tout. Deux cent soixante autres mis en examen sont encore à juger. Les victimes nommées dans l'article incluent David Balland, cofondateur de Ledger (séquestration de janvier 2025), le père du streamer TeufeurS (libéré en août 2023) et Simon Arthuis.

Le dossier Tanger

L'unique condamnation d'un commanditaire présumé de la vague est marocaine :

  • Badiss Mohammed Bajjou, 25 ans, franco-marocain, décrit par les autorités françaises comme l'un des commanditaires de la vague de rapts.
  • Arrêté à Tanger en juin 2025.
  • Jugé par la cour d'appel de Tanger à la fin mai 2026.
  • Chefs retenus : enlèvement, séquestration avec torture, demande de rançon.
  • Peine : 25 ans de réclusion.
  • Les dossiers français exactement couverts par ce jugement ne sont pas précisés dans le texte marocain.

Bajjou nie les faits. L'extradition vers la France n'est pas publique. Les procédures françaises contre d'autres commanditaires présumés — souvent situés en Israël, au Maroc ou dans les pays du Golfe d'après la gendarmerie — restent à ce stade sans aboutissement en France.

Ce que l'affaire dit du dispositif judiciaire

  • Les exécutants écopent, pas les cerveaux. Les cinq jugements français visent des exécutants, jeunes, souvent peu organisés. Les peines vont de 10 mois à 10 ans. Aucun français jugé pour un rôle de commanditaire à ce stade.
  • Un commanditaire condamné hors France. Le dossier Bajjou démontre que la juridiction d'exécution peut aboutir là où la coopération judiciaire bilatérale est fluide. L'écart avec les filières dans d'autres pays souligne a contrario les blocages.
  • La protection des victimes crypto reste pratique, pas judiciaire. Les leçons tirées par les acteurs (Ledger, Trezor, exchanges) tiennent plus à la hiérarchisation des sites (signataires multi-sigs répartis, « chasse aux doxx » publics, pseudonymes professionnels) qu'à des outils judiciaires. Aucun jugement n'a prononcé de restitution notable en crypto-actifs.

À surveiller

  1. Les 260 mis en examen non jugés. Le calendrier d'audiencement du Pnaco pour 2026-2027 n'est pas public, mais les affaires avec plus d'un mis en examen (Revelles, Saint-Paul) ont montré l'étalement sur un à deux ans.
  2. L'extradition Bajjou. Une demande française existe. La réponse marocaine à ce stade est : purge d'abord la peine prononcée à Tanger (25 ans).
  3. Les dossiers Golfe / Israël. Les commanditaires présumés les plus souvent cités par la gendarmerie n'ont pas été jugés. Les procédures d'entraide pénale internationale sont la variable à suivre.
  4. Un éventuel procès-fleuve au JIRS Paris. Les affaires Pnaco, lorsqu'elles portent sur un réseau national, convergent au Juridiction interrégionale spécialisée de Paris. Aucune date n'est publique à ce jour.

Contexte

La France a été le laboratoire européen de la vague — ampleur, violence, répétition. Le cas Balland (cofondateur Ledger) de janvier 2025, le père du streamer TeufeurS en 2023, la famille Revelles en 2024 et le dossier Arthuis en 2021 ont scandé la chronologie. Les condamnations prononcées en France correspondent à la base de l'échelle. La condamnation Bajjou à Tanger est, à ce jour, le seul signe que l'étage supérieur du réseau peut être atteint.

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