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Nasdaq : Friedman promet « des dizaines de milliards » de collatéral libérés par la tokenisation

La PDG du Nasdaq, à TOKEN2049, cite trois jalons : approbation SEC du 18 mars, service DTCC d'octobre, session étendue à près de 23 h au 6 décembre.

par 6 min de lecture

Adena Friedman, PDG du Nasdaq, affirme que la tokenisation du cash, des actions et des fonds monétaires pourrait libérer « des dizaines de milliards de dollars » aujourd'hui bloqués en collatéral à travers le système financier mondial. L'intervention a eu lieu à TOKEN2049 Singapour et a été relayée dans une interview CNBC du 9 octobre 2026, reprise en français par Journal du Coin et par Cryptoast. La formule n'est pas appuyée par un calcul publié — mais trois jalons concrets, eux, le sont.

Trois jalons, pas une projection

Friedman n'invente pas une feuille de route : elle met en séquence trois opérations déjà notifiées et une déjà en service.

  • 18 mars 2026 — La SEC approuve le dépôt du Nasdaq de septembre 2025 autorisant certaines actions Russell 1000 et des ETF indiciels majeurs à être réglés sous forme de tokens, négociés sur le même carnet et au même prix que leurs équivalents actions. Le règlement reste T+1 et transite par la DTCC. L'approbation SEC du 18 mars est le seul fait réglementaire américain qui autorise un token-action sur un marché réglementé grand public.
  • Octobre 2026 — Lancement du service de tokenisation DTCC. Plus de 50 institutions sont déclarées enrôlées — Journal du Coin cite BlackRock, JPMorgan et Goldman Sachs parmi les premières adhésions. Le service enregistre les positions tokenisées en parallèle du livre central DTCC, pas en remplacement.
  • 6 décembre 2026 — Démarrage visé d'une session de négociation étendue à près de 23 h sur cinq jours sur Nasdaq, approuvée par la SEC en avril 2026 sous condition de diffusion de prix en temps réel pendant la session de nuit. Ce n'est pas du 24/7, mais c'est la fenêtre la plus large qu'un marché central américain ait exploitée depuis vingt ans.

« Si on peut tokeniser l'argent, on peut tokeniser le flux du capital » (traduction du propos tenu par Friedman devant TOKEN2049). L'enchaînement : tokenisation du cash (stablecoins MMF) → appariement des règlements titres/cash → libération du collatéral piégé.

Pourquoi « des dizaines de milliards »

Le chiffre ne vient pas d'un livre blanc. Il correspond à l'argument classique de la Nasdaq et de la DTCC sur le capital piégé par la mécanique T+1 et par les systèmes de clearing :

  • Chaque chambre de compensation retient en permanence des marges initiales et de variation pour couvrir le risque pendant la fenêtre de règlement.
  • Le règlement tokenisé en atomic DvP (livraison-contre-paiement sur chaîne) permet, en théorie, de réduire ou d'éliminer ce buffer sur les positions qui transitent par le livre tokenisé.
  • Friedman ajoute, dans l'interview, que la négociation 24/7 n'est viable qu'à condition d'une gestion du risque et du collatéral en temps réel, et que Nasdaq déploiera des « agents IA » dans sa plateforme de risque.

Le périmètre du gain reste flou tant que la DTCC n'a pas publié les paramètres de marge de son service tokenisé. Sans ces chiffres, « des dizaines de milliards » reste une annonce commerciale.

Ce que l'avis omet

  • Pas de calendrier T+0. Friedman ne promet pas un règlement instantané. Le service DTCC d'octobre tokenise un règlement T+1. La tokenisation n'est, à ce stade, pas une accélération du cycle, mais une seconde représentation.
  • Pas de pont crypto. Les tokens Russell 1000 approuvés par la SEC le 18 mars circulent dans un périmètre fermé opéré par Nasdaq et DTCC. Aucune interopérabilité publique n'est annoncée avec Ethereum, Solana ou Base.
  • Pas de yen, pas d'euro. Les stablecoins invoqués dans « tokeniser l'argent » sont implicitement les stablecoins USD régis par le GENIUS Act de juillet 2025. Le MiCA et le futur euro numérique ne sont pas évoqués.
  • Pas de volumes. Nasdaq et DTCC n'ont publié ni volume quotidien ni intérêt ouvert sur la poche tokenisée en six mois d'opérations.

Un contexte européen qui diverge

La séquence TOKEN2049 arrive au moment où l'infrastructure européenne tokenisée s'oriente, elle, vers un chemin différent :

  • Le régime pilote DLT de l'UE (règlement 2022/858) est entré en service en mars 2023 ; aucune bourse de la taille d'Euronext n'y est encore active en octobre 2026.
  • Spiko, infrastructure française MMF tokenisé, a bouclé en septembre une série B de 90 M$ qui vise justement la poche MMF que Friedman cite comme deuxième brique.
  • La poussée institutionnelle européenne passe plutôt par des fonds MMF tokenisés (BlackRock BUIDL via Securitize, Spiko, Franklin OnChain US Government) que par la tokenisation du carnet actions sous-jacent — le modèle Nasdaq.

L'approche américaine mise sur l'infrastructure Wall Street existante (DTCC, Nasdaq, SEC). L'approche européenne mise sur un empilement de briques réglementées sous MiCA et sous le régime pilote DLT. Les deux sont des paris sur le même thème — la tokenisation du collatéral — mais sur des rails différents.

Que surveiller

  1. Les paramètres de marge du service DTCC. Sans un chiffre public sur la marge appliquée au livre tokenisé, l'argument des « dizaines de milliards » ne peut pas être vérifié.
  2. Le volume de la session étendue dès le 6 décembre. La fenêtre de négociation la plus large depuis vingt ans donne une mesure directe de la demande des trésoriers d'entreprise et des gérants pour une liquidité hors heures.
  3. La position de la BCE et de l'AMF. Les deux régulateurs européens ont pris, en 2025, des positions prudentes sur le règlement tokenisé transfrontalier. Toute circulaire de l'AMF ou avis de l'ESMA sur les tokens Nasdaq détenus par des investisseurs européens aurait un effet direct sur la portée extraterritoriale du programme.
  4. Le premier incident. Un service de tokenisation DTCC accueillant BlackRock et JPMorgan dès octobre est un point d'attaque de choix. Le vrai test du modèle est le premier incident opérationnel, pas la première série de communiqués.

Contexte

La tokenisation d'instruments financiers régulés n'est plus un sujet de laboratoire aux États-Unis depuis l'approbation SEC du 18 mars 2026. Elle est en revanche encore très loin des promesses de ses promoteurs : six mois après le feu vert sur les actions Russell 1000, aucun volume public n'a été communiqué, aucun institutionnel européen n'y a d'accès direct, et le règlement T+0 reste hors du périmètre. Les propos de Friedman à TOKEN2049 sont une séquence commerciale — pas un fait de marché — mais ils confirment un calendrier opérationnel qui engage DTCC, Nasdaq et la SEC pour les prochains trimestres.

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