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Fisc : la SATD étendue aux cryptos sur plateforme par la loi du 25 juin 2026

La loi n° 2026-534 étend la saisie administrative à tiers détenteur (SATD) aux crypto-actifs conservés par un prestataire. Le texte vise la plateforme, pas le wallet self-custody.

par 5 min de lecture

La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 « relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales », publiée au Journal officiel le 26 juin, étend la saisie administrative à tiers détenteur (SATD) aux crypto-actifs conservés par un prestataire. L'article 90 modifie l'article L. 262 du Livre des procédures fiscales (LPF). Les dispositions correspondantes entrent en vigueur le 1er juillet 2026. Référence : Légifrance, couverture Journal du Coin.

Ce que change le texte

  • Mécanisme : la SATD permet au Trésor public de se servir directement chez un tiers (banque, employeur, et désormais prestataire crypto) sans intervention préalable du juge. Elle existait déjà pour les comptes bancaires.
  • Nouveau périmètre : les crypto-actifs conservés par un prestataire entrent dans le champ. Les wallets en self-custody restent hors du dispositif — l'État n'a pas de « tiers détenteur » à saisir.
  • Portée de la saisie : « indifféremment à l'ensemble du portefeuille » détenu à la date de notification, dans la limite de la somme due.
  • Vocabulaire : le texte substitue « crypto-actifs » (vocabulaire MiCA) à « actifs numériques » dans plusieurs articles du code.

Procédure et vente

Le mécanisme décrit par les travaux parlementaires (amendement CF91, députée Daniel Labaronne, adopté en commission) prévoit :

  1. Phase amiable : le redevable peut vendre lui-même, dans un délai fixé par décret.
  2. À défaut : le prestataire vend les crypto-actifs saisis et reverse le produit au comptable public, en euros ou en devises.
  3. Attribution immédiate : le produit de cession est attribué au Trésor à la date de notification de la SATD — pas à la date de vente.
  4. Frais : les frais de la plateforme sont plafonnés à 10 % du montant dû, dans la limite d'un plafond en valeur fixé par décret (non publié à la date de l'article).

Si la plateforme n'est pas habilitée à vendre, elle confie la cession à un prestataire habilité.

Plateformes et périmètre géographique

  • Statut concerné : le texte parle de « prestataire » sans réserver le dispositif aux acteurs PSAN ou CASP MiCA. En pratique, toute plateforme conservant des crypto-actifs pour le compte du redevable est visée.
  • Plateformes établies hors de France : point non tranché par le texte. L'exécution concrète dépendra de la capacité du fisc à notifier et faire exécuter la saisie auprès d'un prestataire étranger — un flou soulevé par une avocate interrogée par Journal du Coin.

Calendrier

ÉtapeDate
Dépôt de l'amendement AS596 (puis CF91)10 décembre 2025
Publication au JO26 juin 2026
Entrée en vigueur SATD crypto (art. L. 262 LPF modifié)1er juillet 2026
Décret d'application (délais de vente, plafond en valeur)Non publié au JO à la date de notre article

Le Conseil constitutionnel a été saisi sur plusieurs volets de la loi ; le dispositif crypto n'a pas été censuré, selon l'analyse de fiscalonline.

Impact pratique

  • Pour les détenteurs sur plateforme : une dette fiscale impayée peut désormais déclencher une cession forcée du portefeuille sans décision juridictionnelle préalable. L'évènement constitue une cession au sens de l'article 150 VH bis du CGI — donc une plus-value imposable, bien que la vente soit involontaire.
  • Pour les plateformes PSAN/CASP : obligation opérationnelle de traiter les notifications SATD, de vendre dans les délais fixés par décret, et de reverser le produit au Trésor. Charge de conformité comparable à la gestion des avis à tiers détenteur bancaires.
  • Pour les redevables en self-custody : le dispositif ne les atteint pas directement. L'État reste à l'aune des procédures de droit commun (contrainte, poursuites pénales) pour les actifs non conservés par un prestataire.

Que surveiller

  1. La publication du décret d'application au JO : il fixe le délai de vente par le redevable, le plafond en valeur sur les frais plateforme, et probablement les modalités de notification.
  2. Les premières notifications SATD auprès des PSAN et des CASP agréés en France (Coinhouse, Bitpanda France, Deblock, Woorton, Kiln) — l'historique public de ces saisies est inexistant à ce jour.
  3. Le traitement des prestataires hors UE. Le ministère de l'Économie n'a pas publié de doctrine sur l'exécution auprès de Binance (hors UE pour sa plateforme principale) ou Coinbase Luxembourg (dans l'UE).
  4. Articulation avec l'accord CARF récemment adopté. Le CARF donne au fisc la connaissance des positions ; la SATD lui donne l'outil de recouvrement.

Contexte

La France rejoint le petit groupe d'États ayant explicitement intégré les crypto-actifs à la boîte à outils de recouvrement forcé des créances fiscales. L'Allemagne (via les saisies à tiers Zivilprozessordnung § 829) et les États-Unis (via le levy IRS sur comptes bancaires) encadrent déjà des mécanismes équivalents. Le dispositif français est en vigueur depuis le 1er juillet, mais l'opérationnalisation effective dépend du décret d'application — encore manquant au moment de notre publication.

Sources :

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