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Bruxelles étudie une taxe de 0,1 % sur les transactions crypto pour 2028-2034

Un document de la Commission européenne du 28 mai 2026 propose une taxe de 0,1 % sur les transactions crypto, dans un panier de ressources propres ciblant 11 milliards d'euros annuels.

par 5 min de lecture

La Commission européenne a transmis le 28 mai 2026 aux États membres et au Parlement européen un document de travail évaluant un paquet de nouvelles taxes UE — services numériques, jeux d'argent en ligne et cryptoactifs — pour alimenter le cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034. Pour la crypto, l'option principale étudiée est une taxe de 0,1 % sur la valeur de chaque transaction exécutée dans l'UE, projetée à 3 à 4 milliards d'euros par an.

Le document n'a pas été publié officiellement par la Commission — il a été transmis aux capitales avant les discussions de juin sur le premier texte de compromis. Couverture initiale par Euronews le 29 mai, reprise et complétée par Journal du Coin et Cryptoast.

Ce que dit le document

Le paquet est conçu comme un panier de « ressources propres » de l'Union — recettes versées directement au budget européen sans transit par les budgets nationaux. La Commission y détaille quatre instruments :

- Taxe sur les transactions crypto       : 0,1 % sur la valeur
                                           → 3 à 4 Mds €/an
- Taxe sur les plus-values crypto        : déclenchée à la
                                           conversion en fiat
                                           → 1 à 2,4 Mds €/an
- Taxe sur les jeux d'argent en ligne    : 3 % du CA net
                                           → ~1,9 Mds €/an
- Taxe sur les services numériques       : 3 % du CA des
                                           grandes plateformes
                                           → ~5 Mds €/an
TOTAL ressources propres projetées       : ~11 Mds €/an
Période visée                            : CFP 2028-2034 (7 ans)
Cible cumulée crypto (transactions)      : > 20 Mds € sur 2028-2034
Source : document Commission européenne, 28 mai 2026

Deux options crypto sont explicitement présentées en alternative l'une à l'autre — pas en cumul — selon le document évoqué par Euronews. Le seuil d'imposition (0,1 %) et l'assiette (« valeur de chaque transaction ») sont calqués sur la financial transaction tax débattue depuis 2011, jamais adoptée à 27 sur les marchés actions.

Le verrou institutionnel

L'adoption d'une ressource propre UE exige l'unanimité des 27 États membres au Conseil, puis ratification par chaque parlement national. Ce seuil a fait échouer la précédente FTT et le projet de taxe carbone aux frontières dans sa forme la plus ambitieuse. La Commission acknowledge le risque dans son document : la nature décentralisée des cryptoactifs et l'usage de plateformes hors UE rend la collecte techniquement complexe et la base imposable mobile.

L'angle d'attaque crypto repose toutefois sur deux supports déjà adoptés et entrés en vigueur :

  • DAC8, qui depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 oblige les Crypto-Asset Service Providers (CASP) à reporter aux autorités fiscales nationales les transactions de leurs clients résidant dans l'UE.
  • MiCA, qui depuis le 30 décembre 2024 confère un statut européen unifié aux CASP. La période transitoire pour les PSAN français se ferme le 30 juin 2026 — voir L'AMF fixe au 30 juin 2026 la sortie du régime PSAN, sous peine de poursuites.

Autrement dit, la Commission n'invente pas un canal de collecte — DAC8 lui donne déjà les flux de données ; MiCA lui donne l'identification des assujettis. La taxe de 0,1 % serait l'instrument fiscal posé sur une infrastructure déclarative existante.

Impact pour la filière

À taux de 0,1 %, une transaction de 10 000 € coûte 10 € de prélèvement supplémentaire ; sur un échange aller-retour (achat puis vente), 20 €. Pour les desks à forte rotation — market makers, arbitragistes, stratégies HFT — le prélèvement est cumulatif et touche directement la profitability des stratégies bas-spread.

Trois catégories d'opérateurs sont particulièrement exposées :

  1. Les CASP agréés MiCA opérant en UE, qui auront à collecter le prélèvement à la source.
  2. Les émetteurs de stablecoins MiCA (EMT issuers — Circle, Société Générale-FORGE, Schuman Financial, Banking Circle), dont les volumes de mint/burn et les paires fiat constitueraient l'essentiel des transactions imposables sur le marché EUR.
  3. Les acteurs DeFi adressant des utilisateurs UE, pour lesquels l'application pratique reste ouverte — un AMM décentralisé sans entité juridique européenne n'a pas de redevable identifié au sens du droit fiscal.

À surveiller

  1. Le calendrier de juin. Les discussions de juin 2026 portent sur le premier texte de compromis. Un consensus sur l'option crypto retenue (transactions vs plus-values) avant fin juin orienterait la suite — la Commission espère un accord final fin 2026.
  2. La position des États « low-tax ». Malte, l'Irlande et le Luxembourg ont historiquement bloqué les ressources propres. Sur la crypto, Malte concentre une partie des opérateurs européens et est en première ligne sur la taxe jeux d'argent — alliance probable des deux dossiers.
  3. Le risque d'arbitrage géographique. Une taxe limitée à l'UE crée une incitation directe à acheminer le flux via des plateformes hors-EEE. DAC8 et MiCA limitent l'angle pour les particuliers résidents UE, mais la couverture sur les volumes institutionnels offshore est plus mince.
  4. Le sort des contrats dérivés. Le document évoqué dans la presse parle de « transactions crypto » sans préciser le périmètre — spot uniquement ou aussi futures perpétuels et options. La distinction modifie la projection de recettes d'un ordre de grandeur.

Contexte

Ce dossier est le pendant fiscal de la mise en demeure réglementaire en cours. La fin de la période transitoire MiCA pour les PSAN historiques au 30 juin 2026 — couverte ici — referme la fenêtre d'opération hors agrément ; la proposition de la Commission, si elle aboutit, ouvre celle d'une fiscalité européenne directe sur les flux ainsi rendus traçables.

Le séquencement est lisible : MiCA pour identifier qui opère, DAC8 pour voir ce qu'ils déclarent, ressource propre pour taxer ce qu'ils déclarent. L'unanimité requise au Conseil reste l'obstacle binaire — un seul État membre suffit à bloquer le dispositif, et l'historique des taxes financières européennes plaide pour la prudence sur la probabilité d'adoption.

Sources :

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